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dimanche 24 novembre 2013

Le dormeur du val

« C'est un trou de verdure où chante une rivière,
Accrochant follement aux herbes des haillons
D'argent ; où le soleil, de la montagne fière,
Luit : c'est un petit val qui mousse de rayons.

Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,
Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
Dort ; il est étendu dans l'herbe, sous la nue,
Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.

Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
Sourirait un enfant malade, il fait un somme :
Nature, berce-le chaudement : il a froid.

Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;
Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine,
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit. »
Arthur Rimbaud, Le dormeur du val  1870.
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Une scène de silence. Même le vol, d'une branche à l'autre, d'un rare oiseau, ne rompt ni ne charme la tranquillité de cette image. Pas un souffle de vent, juste le calme d'un paysage sans écho. Et pourtant, autour de l'homme endormi, la vie impose une réalité franche, décrite par le poète, peinte en son tableau. La mort ne survient qu'avec le dernier alexandrin. La vie et la mort. Une fois, encore, la poésie s'empare de ce voyage ambigu entre les deux mondes.
Quel est ce dormeur ? Quel est ce val ? Un soldat de la guerre de 1870, logiquement. Mais Rimbaud, âgé de seize ans lorsqu'il écrit ce sonnet, l'aura-t-il seulement vu ? Ou, simplement, imaginé ? 
Ce jeune homme, paisiblement meurtri, est aussi un tambour de l'Armée Napoléonienne, un royaliste de la Petite Chouannerie, un combattant de la Guerre de Trente Ans, un déserteur. Il est toutes les victimes de toutes les guerres.
Un livre retrouvé dans la bibliothèque familiale, dans le mas de ce village où quelques vals, au loin, ont accueilli et abrité, tantôt, quelque dormeur imprudent.

mardi 31 juillet 2012

Camin descaminat

« J'ai rêvé, plus d'une fois, à ces rencontres insaisissables, lourdes de mystère, d'un lieu sacré que le songe est seul à connaître. Une multitude de fantômes se promène en ce lieu… Une multitude de fantômes me parle à l'oreille, me raconte des histoire extraordinaires, sur la vie au temps passé. »
[ Ai pantaissat, mai d'un còp, aquelas entrevistas inagantablas, cargadas del mistèri d'un ligam sacrat que lo sòmi es sol de conéisser. Un molon de trèvas se passejan dins aquel luòc… Un molon de trèvas me parlan dins l'aurelha, me contan d'istòrias espectaclosas de la vida passada. ]

Estève Salendres
, Camin descaminat    2010.
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Il est assis contre le mur en pierres de ce vieux bâtiment qu'est le Musée Fenaille, à Rodez ; entouré, ce dimanche matin, d'un petit auditorium de quelques dizaines d'« âmes sensibles » à sa langue, à l'occitan.
C'est un pastejaire de mots, tel qu'il s'annonce lui-même. Il n'écrit pas, il pétrit les mots, nuance-t-il sérieusement. Une passion parmi d'autres, car reste-t-il, d'ailleurs, des mois, parfois, sans ouvrir un cahier où tracer ses inspirations. C'est qu'Estève n'est pas que ce poète (occitan) qu'un paquet d'intellectuels et d'universitaires voudraient tant faire de lui. C'est un homme simple, qui aspire à fuir, dès qu'il le peut, vers sa rivière, avec ses cannes et les mouches qu'il fabrique lui-même sur un coin de sa table. Un homme simple, pour qui les rires de ses enfants sont plus musicaux que toute poésie. Pour qui, avoue-t-il, le quotidien est plus merveilleux que ses rêves.
Un recueil de poèmes en lenga nòstra, offert par son auteur, et dont certain Chemin rêvé depuis des joursCamin pantaissat dempuèi jorns — résonne alors que le hameau de Marzials se laisse pénétrer avec force et douceur dans la longue descente entre le Rouergue et le Bas-Languedoc, l'après-midi dudit dimanche.

samedi 31 décembre 2011

Ma vïelle ay mis soubz le banc

« Je regnie amours et despite
Et deffie à feu et à sang.
Mort par elles me précipite,
Et ne leur en chault pas d’ung blanc.
Ma vïelle ay mis soubz le banc ;
Amans je ne suyvray jamais :
Se jadis je fus de leur ranc,
Je desclare que n’en suis mais. »


Françoys Villon
, Le testament    1461.
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Ne plaignons pas nos hivers, car nous ne pouvons imaginer quels estoient ceux de Françoys Villon, à une espoque où il faisoit tant froid dedans Paris que les loups, assurés d'y trouver esquelettes et cadavres, entraient dans la ville.
Villon, né Françoys de Montcorbier, vint au monde l’année où fut l’innocente Jehanne d’Arc bruslée. Oncques ne mena honneste vie : clerc tonsuré, goliard, basochien, ripailleur et bon folastre, nous savons iceluy voleur et assassin, promis à estre pendu et estranglé. Poeste maudit bien avant d’aultres, il inspirera Marot, Rimbaud, Verlaine, Brassens ou Dylan.
« Au poinct du jour, que l’esprevier s’esbat, meu de plaisir et par noble coustume », commence l’une ballade ; « Pour ce, amez tant que voudrez, Suyvez assemblées et festes, En la fin jà mieulx n’en vauldrez, Et si n’y romprez que vos testes », énonce comme en farandole une aultre.
Des textes relus, alors que l’hiver nous arrive enfin, et que l’on se demande, avec le poeste, « mais où sont les neiges d’antan ? »