vendredi 30 novembre 2012

Nous ne descendons pas du singe

« L'homme ne descend pas du singe : il en est un lui-même. »
Émilie Rauscher, Nous ne descendons pas du singe, in Science & Vie   2010.
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Charles Darwin nous avait déjà un peu incité à penser que nous fûmes animal, qui plus est de la grande famille des quadrupèdes.
Cependant, à chercher désespérément ce fameux chaînon manquant enfoui dans les sols de la Préhistoire, nous avions un tantinet oublié que nos origines se confondaient avec celles des grands singes. Si nous n'étions pas uniquement Homme, notre fierté de Sapiens Sapiens nous permettait d'assumer un arbre généalogique complexe. Mais voilà, si nous cousinons avec le singe, c'est que nous en sommes un, dixit le savant. Mais si l'Homme est un singe — comme le singe, lui-même —, la nouvelle peut autant nous surprendre qu'amuser voire choquer ce dernier : nous sommes si peu de choses, commence-t-il à songer…

Un article lu au cœur d'un magazine volé (comme notre ancêtre chipait une banane) entre deux dizaines de journaux empilés pour distraire les patients d'un éminent singe-médecin.

mercredi 17 octobre 2012

Le vielleur

« Un monde dur et brutal, cynique et cruel, peu sympathique, qui attire et fascine à la fois, et qui inquiète. »
Pierre Rosenberg, Georges De La Tour   1992.
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Il y a toute l’austérité de « l’automne du Moyen Âge », dans cette toile de jeunesse attribuée à ce peintre resté si longtemps méconnu. Et cette attirance, qui encourage à s’éloigner si l’on s’approche un peu trop du tableau, fonctionne étrangement. Sauf, peut-être, pour un joueur de vielle d’aujourd’hui, curieux et intéressé...
L'un des premiers joueurs de vielle « connus », vraisemblablement peint dans le premier quart du XVIIe siècle, par Georges De La Tour (1593-1652), est là, enfin. Depuis près de vingt-cinq ans, nous attendions l'instant de l'approcher, de le  « regarder », lui, l'aveugle, "Le vielleur", dit le vielleur au chapeau ou le vielleur à la mouche. Si réaliste. Si réel.
Bien entendu, l'exposition "Corps et ombres — Caravage et le caravagisme européen", que propose le Musée Fabre de Montpellier, est une merveille. Mais la salle consacrée au peintre Lorrain, où est accroché ce tableau, parmi autres diurnes et de célèbres nocturnes, retiendra toute notre émotion. Trois chanterelles, deux bourdons, une corde trompette. Et leurs cotons, enroulés, travaillés par la roue. Le cache-roue — posé sur d'autres toiles de la même série — qui tombe, comme nous l'oublions, nous-mêmes aussi, souvent. Et, sur ces bourdons qui sonnent, en contre-point de quelque accompagnement qui nous demeurera à jamais imaginé, le chant du musicien, comme une plainte sourde, qui décrit, forcément, un monde dur et brutal, cynique et cruel, qui attire et fascine à la fois ; qui inquiète presque…

Un livre relu, après la visite de cette exposition avec Lena.

lundi 1 octobre 2012

Quelle langue parlaient nos ancêtres préhistoriques ?

« Voilà pourquoi, quand vous entreprenez une recherche nouvelle, il vaut mieux laisser fonctionner votre intuition et ne pas commencer par vous faire une grosse bibliothèque et lire tout ce que les autres ont écrit avant vous. Lisez leurs livres, après ! Pour avoir des idées neuves, il ne faut pas être prisonnier des autres. »
Marcel Loquins,
Quelle langue parlaient nos ancêtres préhistoriques ? 
  2002.
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L’idée est vraie. C’est probablement à l’intuition, et sans doute parce qu’il n’est ni linguiste, ni paléontologue, que Marcel Loquins a réussi à entreprendre cette passionnante recherche sur les langues préhistoriques. Peut-être même, parce que son propre patronyme évoque plus qu’étrangement celui d’un véritable descendant des premiers Homo loquens…
Car Marcel Loquins épie, dans la paléontoponymie notamment, les mots qui eurent voyagé depuis que l’Homme entra dans une caverne pour y loger ; et bien avant, dit-il ! Ainsi, traque-t-il même le mot homme (« Ecce homo ») et, bien évidemment, le mot qui désigna Dieu ou quelque divinité, et qui serait — avec certitude, selon lui — Hel,
premier témoignage d’un langage articulé, première syllabe prononcée et transmise dans l’histoire de l’oralité, premier élément qui permet, aujourd’hui, de pointer la différence essentielle entre l'Australopithèque et « l’animal pensant »... et donc parlant, que nous sommes devenus.
Autant que nous trouvons, parfois, quelque présence d’une plante ou d’un insecte creusé dans un extrait de roche, autant Marcel Loquins collectionne les phonèmes fossiles qu’il découvre. Qu’il découvre, comme s’il ramassait des cèpes, des girolles, des chanterelles, car Loquins est, au départ, et reconnu comme tel, un spécialiste mondial des champignons — discipline pour laquelle il effectue des comparaisons surprenantes avec l’évolution des langues préhistoriques.
Autre parallèle évident pour lui, le babil du bébé, qu’il confronte avec le langage qui s’installa progressivement, durant un million d’années, chez nos très lointains ancêtres : les consonnes, que l’enfant distingue, puis parvient à maîtriser, inverser avec ses sons de voyelles, seraient sensiblement les mêmes qui évoluèrent avec le temps selon que le larynx se transformait. Selon Marcel Loquins, la progression du langage parlé serait donc à ranger parmi les « catastrophes » historiques les plus importantes de l’histoire de l’Humanité. C'est également le sentiment auquel parvient Elsinoé, le programme informatique doué d'une mauvaise foi sans égale que le chercheur a inventé pour l'aider à conclure sa thèse.

Un livre relu, pour répondre à une question semblable au titre de ce livre, posée par Lena.

lundi 20 août 2012

Une vielle sur les genoux

« Une nuit, à demi conscient, l'œil méchant, il avait saisi sa vielle, ouvert la porte de sa mansarde et, d'un geste sûr et décidé, précipité l'instrument dans la cage d'escalier. Du rez-de-chaussée, était monté le son le plus discordant qui soit. Un bruit de cordes se délivrant de leur tension au milieu d'un fracas de bois brisé, heurtant les murs. Appuyé sur la rampe de la cage d'escalier, il contemplait et écoutait, du sixième étage, le triste résultat de cette fragmentation qu'il avait décidée. Sur les paliers, les portes s'ouvraient, les peignoirs apparaissaient. On voyait des bigoudis sur les têtes penchées, et même un homme réputé sourd, en pyjama. »
Richard Gain, Une vielle sur les genoux   2010.
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Nous devrions, peut-être, plus souvent, réserver tel sort à nos instruments.
Ce n'est absolument pas contraire aux règles musicales d'improvisations que nous nous imposons, généralement sans le savoir. Précipiter un instrument — et, dans l'art du bon goût, une vielle à roue — pour une chute au gré d'une cage d'escalier sans âge serait presque un geste avant-gardiste ; « et salutaire ! », ajoute, en chœur, l'entourage du vielleur. Et cela prouverait que la roue cahote mal, sur les reliefs. Mais, artistiquement, ce ne serait pas nouveau. Encore bien moins précurseur. 
D'autres ont brûlé des guitares sur scène, noyé des pianos dans des lacs, customisé des violons de Stradivarius, sans retenue ; lors, le saut sans élastique d'une vielle…
Aussi, comme Richard Gain, gardons la technique du lancer de vielle du haut du sixième étage pour nos cauchemars les plus audacieux.

Un livre offert par Mathilde, dite Ardéchilde, danseuse et mariée aux gants de boxe… et aux pieds-nus au Pays des Hobbits.

mardi 31 juillet 2012

Camin descaminat

« J'ai rêvé, plus d'une fois, à ces rencontres insaisissables, lourdes de mystère, d'un lieu sacré que le songe est seul à connaître. Une multitude de fantômes se promène en ce lieu… Une multitude de fantômes me parle à l'oreille, me raconte des histoire extraordinaires, sur la vie au temps passé. »
[ Ai pantaissat, mai d'un còp, aquelas entrevistas inagantablas, cargadas del mistèri d'un ligam sacrat que lo sòmi es sol de conéisser. Un molon de trèvas se passejan dins aquel luòc… Un molon de trèvas me parlan dins l'aurelha, me contan d'istòrias espectaclosas de la vida passada. ]

Estève Salendres
, Camin descaminat    2010.
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Il est assis contre le mur en pierres de ce vieux bâtiment qu'est le Musée Fenaille, à Rodez ; entouré, ce dimanche matin, d'un petit auditorium de quelques dizaines d'« âmes sensibles » à sa langue, à l'occitan.
C'est un pastejaire de mots, tel qu'il s'annonce lui-même. Il n'écrit pas, il pétrit les mots, nuance-t-il sérieusement. Une passion parmi d'autres, car reste-t-il, d'ailleurs, des mois, parfois, sans ouvrir un cahier où tracer ses inspirations. C'est qu'Estève n'est pas que ce poète (occitan) qu'un paquet d'intellectuels et d'universitaires voudraient tant faire de lui. C'est un homme simple, qui aspire à fuir, dès qu'il le peut, vers sa rivière, avec ses cannes et les mouches qu'il fabrique lui-même sur un coin de sa table. Un homme simple, pour qui les rires de ses enfants sont plus musicaux que toute poésie. Pour qui, avoue-t-il, le quotidien est plus merveilleux que ses rêves.
Un recueil de poèmes en lenga nòstra, offert par son auteur, et dont certain Chemin rêvé depuis des joursCamin pantaissat dempuèi jorns — résonne alors que le hameau de Marzials se laisse pénétrer avec force et douceur dans la longue descente entre le Rouergue et le Bas-Languedoc, l'après-midi dudit dimanche.

mercredi 20 juin 2012

J'suis pas bien

« C’est comme le raisin, si ça désaltère, il y a toujours des pépins. »

William Sheller
, J'suis pas bien    1981.
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L’homme arrive seul. Il ne semble pas très grand. Presque miséricordieux, dans son costume large et sombre d’où s’insurgent deux manches blanches lorsqu’il tend les mains vers cette foule, comme s’il allait prêcher, ou s’excuser par avance de quelques maladresses ou de quelque pensée inattendue.
Il semble moins seul, dès qu’il s’assied face à son piano, s'associant à ce grand instrument noir où s’illustrent les touches blanches entre quelques bémols et autres dièses, comme des dominos qui, réguliers, s’entrechoquent avec délicatesse dès qu’il tend les phalanges à leur rencontre.
Des souvenirs lui reviennent, et les loups de Sologne, la voisine Yvonne, les merles qui s’éveillent à l’aurore, construisent des histoires aussi vraies qu’elles ne sont pas qu’inventées. Une musique de chambre, une chanson d’automne, une autre lente, mènent de Genève à Vienne, simplement ; et l’homme ne semble toujours pas très grand, un tantinet miséricordieux, petit comme un caillou, à courir seul sur son piano et nous conduire dans son univers… où l’on est bien.
Un carnet à spirale, qui offrira ses notes, au cœur de juin, à qui le feuillettera.

mardi 29 mai 2012

Plume de cheval

« L'ennui, c'est que nous négligeons le football au profit de l'éducation. »

Groucho Marx
, Plume de cheval    1932.
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En 1932, en Amérique, Groucho Marx (1890-1997) parle d'un sport qui le révolte probablement autant qui le passionne. Sa remarque est ironique ; mais elle nous permet, quatre-vingt ans plus tard, de sourire du sort qu'il advint à l'équipe de la capitale, en cette saison 2011/2012 (de football association, pour faire la différence avec le football américain cher au comédien) : cette équipe n'aurait pas du négliger le football… au profit de l'éducation par l'argent !
Car une modeste équipe de province, jeune, insouciante, fougueuse et
sensiblement « éduquée » près de la Méditerranée, s'est dernièrement fichée en tête de bouléguer la hiérarchie nationale pour rafler un trophée que seuls trois ou quatre riches aspirants avaient la « légitimité » de convoiter. S’il ne fallait rappeler qu’un instant de cette saison longue de dix mois, ce serait raconter ce stress durant toute la semaine qui précéda la dernière journée à la Mosson, le stade plein à craquer, les chants, les couleurs, le tifo-anniversaire de La Butte Paillade, la fantaisie du jeune Enzo à la mi-temps, la vraie-fausse panne d'électricité, puis les dents qui s’entrechoquent de peur durant toute le dernier quart d'heure, Giroud qui bombe le torse, Aït Fana qui aligne tout un stade au cent mètres, le ballon rose qui termine là où on l'espéra durant quatre-vingt-quatorze minutes, les remplaçants qui accourent sur le terrain, Stambouli en apesanteur avec les bras et les cheveux du Christ, les tribunes qui s’écroulent en liesse tout autour, le retour dans la ville avec les klaxons, les commentaires post bellum de Philippe Sers, etc.
Un hommage, on l’aura deviné, au staff, aux joueurs et aux supporters de l'équipe de football de Montpellier.