« Oui, bien sûr l’écriture est limitée par les mots, tandis qu’avec une guitare tu peux toujours pousser un aigu ou monter le son ou casser ton instrument. Quand tu casses ta guitare, c’est encore de la musique alors que si tu casses ta machine à écrire ce n’est plus de l’écriture. »
Captain Coke, in Punkitudes, Jean Dominique Brierre et Ludwik Lewin — 1978.
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Et puis, d’abord, la musique punk a-t-elle jamais existé ?
Un bon musicien punk accorde très sommairement son instrument, ne répète qu’une paire d’heures, au maximum, avant le concert. En outre, il méprise le public venu l’écouter. Une collection de clichés permettent de définir ce mouvement éphémère, ce style musical impossible à identifier. Des noms reviennent : Patti Smith, Joe Strummer, Sid Vicious, Sex Pistols, Clash ; mais quel est l’intrus ?
Dans un univers d’oxymorons, où le moindre évènement est d’une « vivacité morbide », les idées nihilistes dominent quel que soit le propos. Sid Vicious a-t-il inventé le pogo, les Sex Pistols sont-ils les premiers à avoir prévenu qu’il n’y aurait pas d’avenir ? On ne s’en souvient pas. Ce dont nous sommes persuadés, c’est que les Ramones ou Ari Up ont leurs entrées dans les dictionnaires, sont rangés au patrimoine de l’humanité en appartenant, désormais, au passé. No future, no past.
Un livre lu en écoutant les Suites pour violoncelle de Bach ; le punk n’est pas mort !
mardi 7 juin 2011
Punkitudes
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Musique
mardi 17 mai 2011
Toinou
« Le regard d’autrui, dirigé sur moi, me brûlait d’un feu insupportable. Il dénonçait ma laideur et prononçait ma condamnation. Mon aspect me dégoûtait et je fuyais toute surface susceptible de me renvoyer mon image : miroir, rivière, étang. J’étais sale, sans restriction. Jamais le poil d’une brosse n’effleurait mes dents. Jamais un bain total ne décrassait mon corps. J’étais né il y avait un peu plus de huit ans et je me sentais déjà pitoyable comme un vieillard. »
« L’estomac plein jusqu’à la lurette, je repris le chemin de l’église pour les vêpres avec la pieuse détermination de donner toute ma voix au chant des psaumes. Comme trop souvent, hélas, chez moi, cela resta simple velléité. Il ne sortit de ma gorge, malgré de louables efforts, que des sons dépourvus de résonance, tels ceux, pensai-je, que l’on pourrait tirer d’un violon rempli de purée de pommes de terre. »
« Le tribunal ecclésiastique ne condamnait pas. Il ne faisait que soumettre l’hérétique présumé à une sorte d’examen qui vérifiait sa connaissance du catéchisme. Après l’interrogatoire, la note donnée était considérée par le bras séculier qui décidait du traitement à appliquer pour aboutir à la conversion définitive du sujet. S’il y avait risque sérieux de voir ce dernier retomber dans l’erreur, on le brûlait pour lui éviter l’enfer, après avoir pris les mesures adéquates pour l’expédier dans l’au-delà en état de grâce. »
Antoine Sylvère, Toinou, le cri d'un enfant auvergnat — 1980.
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Écrit entre 1936 et 1938, "Toinou, le cri d’un enfant auvergnat" est le poignant témoignage du quotidien des petites gens à Ambert, à la fin du XIXe siècle. La magnifique écriture d’Antoine Sylvère, qui conte les premières années de sa vie avec une truculence et un recul comme amusé sur les épisodes et les incidents, n'ennuie jamais. Né au sein d’une famille très pauvre, dans un environnement où la « culture générale de la population ouvrière et rurale semblait s’être maintenue au niveau atteint sous Dagobert 1er », voué à l’illettrisme, l’auteur accompagne son récit de « [...] ce rude patois au vocabulaire si court, avec ses consonnes en « tch » qui figuraient dans la majorité des mots, ses voyelles qu’on retrouverait dans maintes langues européennes et qu’on déclaraient intolérables dans une bouche française. » Pour le petit Antoine dit Toinou — prénommé et surnommé comme son grand-père —, l’apprentissage du français s’effectuera par la lecture des livres d’école, par le catéchisme et les Écritures. Avec ses esclops pour seule richesse, quelques heures d’attention au matin du 25 décembre comme unique déclaration d’amour parental, l’enfant se forgera une personnalité auprès de compagnons de son âge et en fréquentant ses aînés, gagnant, grâce aux accrocs et rares joies de ses longues journées, une expérience pour avancer, souvent naïvement, dans une vie sans avenir.
Un livre prêté par Syl, (pour cela, aussi) à jamais assez remerciée...
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mercredi 6 avril 2011
Pick over Beethoven
« Bill n'admet pas qu'il existe une autre musique que le bluegrass. Une fois, alors que j'emmenais Bill dans un club à San Francisco, il m'a demandé des nouvelles de Richard Greene. Je lui ai répondu qu'il allait bien et il m'a demandé : "A-t-il toujours les cheveux longs ? Ce garçon avait de très beaux cheveux quand il jouait avec nous, mais ils ont trop poussé". Je lui ai fait remarquer que Beethoven aussi avait les cheveux longs. Il m'a dit : "Beethoven, qu'est-ce qu'il a fait ?" Je lui ai dit : "Oh rien, il a juste écrit quelques mélodies, des symphonies…" »
David Grisman, Le Cri du Coyote, 1987/4 — Toulouse 1984.
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La mandoline est cet objet aux huit cordes que l'on retrouve dans la douce poussière de tous les greniers familiaux. Instrument sympathique à la caisse heureuse comme une aronde, féminin, il renvoie à des siècles de musiques oubliées ou à quelque image d'Épinaples. Transformée par des musiciens en recherche de nouvelles sonorités et d'efficacité, qui l'aplatirent à coups de rhythm chops en même temps qu'ils inventèrent le bluegrass, la mandoline — version F5, notamment — devint l'alliée du banjo dans les mains d'un virtuose comme Bill Monroe. David Grisman, et à sa suite la vague newgrass des Sam Bush, Mike Marshall, Darol Anger, Andy Statman et autres maîtres du médiator, offrirent à l'instrument un rôle essentiel au sein des musiques héritières des premières formations appalachiennes.
David Grisman (sous la formule la plus intéressante, son Quintet circa 1980), improvisateur et créateur en marge d'un circuit traditionnel, initiateur d'un style qui porte son nom, Dawg music, est certainement le maillon entre les uns et les autres. Présent sur toutes les scènes, aux côtés de Jerry Garcia ou de Stéphane Grapelli, ou comme professeur particulier de Bob Dylan, il influence les deux ou trois générations de musiciens bluegrass, newgrass ou de jazz trad, voire des artistes comme le chanteur français Stéphane San Severino. Il garde, durant son immense carrière, un profond respect pour l'homme au chapeau blanc, le pape de la mando, the father of bluegrass, Bill Monroe, pour lequel nous célébrons, cette année, le centenaire de la naissance. Ce dernier est le seul artiste — excusez du peu — à figurer à la fois au Country Music Hall of Fame, à l'International Bluegrass Music Hall of Fame et au Rock'n'roll Hall of Fame.
Un Cri du Coyote retrouvé entre deux Back Up et les premiers Modal, au fond d'un vieux coffre en bois de pauvre valeur, ne fermant plus à clef.
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Musique
mercredi 23 mars 2011
Où finira notre blason ?
« Les gens s'étonnent de me voir tous les soirs dans ce bas quartier
Mais je suis amoureux d'une fille qui y vit
Pour moi, ce bas quartier est un palais royal
Bien sûr, son père est menuisier et sa mère empailleuse de chaises
Mais leur fille est une pure merveille, née ici par hasard
Mon père, qui est noble, me demande "Où finira notre blason ?"
Mais je pense que, pour ses beaux yeux, même un roi descendrait de son cheval. »
Chanson traditionnelle napolitaine.
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Le Napolitain n'est pas le seul à chanter pareilles ritournelles, mais on le pourrait soupçonner tant les paroles que l'on retrouve dans les textes anciens — ou, encore aujourd'hui, improvisées lors de joutes verbales dans les fêtes du paesi vesuviani — n'accusent de dimensions égales dans les métaphores de la poésie populaire des traditions voisines.
Que ce soit au sein d'une tammuriata ou au long d'une serenata, les chanteurs s'amusent avec la musique pour échanger, annoncer ou provoquer. Mots d'amour, appel politique, vendetta, fantaisies, tout est prétexte à faire une chanson.
Et, qu'il ait ses habitudes dans un quartier éloigné de chez lui ou qu'il y aménage nouvellement, le poète prend son luth et vous donne un baiser…
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lundi 28 février 2011
Les fous de Dieu
« Lors, je vis ses yeux, pour la première fois. Qu'ils sont bleus, qu'ils sont grands, je ne le sus qu'à cette minute. L'usage n'est point de regarder les yeux des gens ; il faut des querelleurs, à l'heure du défi, pour cela. Les yeux d'autrui sont un passage où l'on ne s'attarde guère. Mais voilà, je m'arrêtai dans les yeux de Finette, je m'y cramponnai, comme un qui se tient à l'huis, bras en croix, pour n'être point tiré céans. Une peur bien étrange me donna les yeux de Finette.
Ils sont d'un bleu gris fort commun en pays Raïou, mais ils me parurent immenses, hors de rapport avec la pécole, si menue, qu'un jour que nous avions guéé, comme nous nous séchions dans l'herbe, la raïoulette se fit un jeu de mettre ses deux pieds dans un de mes sabots.
Un charme reliait nos yeux, au point que je penchai la tête sur mon épaule, une fois, pour voir, et je la vis, comme dans un miroir, pencher pareillement la sienne, un charme qui pouvait tout effacer, de la création, qui n'était point les yeux de Finette : plus d'hirondelles, plus de ruines, plus de grand soleil d'août, plus même de ciel ! j'étais au mitan de ses yeux, avec du bleu tout autour, à perte de vue… »
Jean-Pierre Chabrol, Les fous de Dieu — 1961.
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Né à Chamborigaud, à Pont de Rastel, dans la maison appartenant aux siens depuis 1610, Jean-Pierre Chabrol (1925-2001) n'a pas que rédigé sur sa Cévenne, mais c'est l'œuvre qui s'inspire de ses montagnes qui demeure la plus poignante à son répertoire, et les "Fous de Dieu", ce récit à la fois bouleversant et terriblement réaliste, est, depuis cinquante ans, le "manifeste" contemporain qui témoigne de cette période si trouble de l'Histoire « où les hommes de la terre n'avaient rien, pas même de nom, n'étaient rien et naissaient et mourraient sans laisser plus de traces qu'un lièvre sur un pré ». Un livre écrit sous la dictée transmise par les songes des gens de sa mèna…
Un livre lu et relu… à relire encore.
lundi 21 février 2011
Chroniques
« Soit je faisais fuir les gens, soit ils venaient voir de plus près. Il n'y avait pas d'entre-deux. »
« J'ai feuilleté un grand nombre de ses manuscrits antédiluviens. Le monde moderne, avec sa complexité folle, m'intéressait peu. Il manquait de pertinence et de poids. Rien de séduisant. »
« J'aurais voulu lire tous ces livres, mais pour ce faire, il aurait fallu qu'on m'envoie dans une maison de repos ou quelque chose comme ça. »
« Dans une des pièces du haut, j'ai étudié les microfilms des journaux de 1855 à 1865 pour me faire une idée de la vie quotidienne à cette époque. j'étais moins intéressé par les sujets abordés que par la langue et la rhétorique. »
« Si tu n'as pas tout ce que tu veux, réjouis-toi de ne pas avoir ce que tu ne veux pas. »
« Woody Guthrie, jeune, n'est pas sans ressembler à mon père au même âge. »
Bob Dylan, Chroniques — 2004.
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De The Beatles à Jimi Hendrix, de Patti Smith à Mark Knopfler, Bob Dylan a influencé des musiciens aussi variés que nombreux.
Héritier des derniers chanteurs de talking blues traditionnels, rock star faussement rebelle, l'homme est difficile à deviner. Avec ses Chroniques, le song writer accorde quelque haltes sur des phases très précises et courtes de sa carrière, narre sa passion pour l'écriture et la musique, exprime ses doutes et ses ennuis.
L'auteur de "It ain't me, babe" et "Sara" tombe enfin les lunettes noires ; mais le regard demeure sombre et impénétrable.
Premier volume de cette autobiographie offert par Cyrille. MerCy !
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mercredi 16 février 2011
Montedidio
« Quand tu es pris de nostalgie, ce n'est pas un manque, c'est une présence, c'est une visite, des personnes, des pays qui arrivent de loin et te tiennent un peu compagnie. »
Erri De Luca, Montedidio — 2001.
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Erri De Luca (°1950) est napolitain.
Dans "Montedidio", il raconte le quartier de son enfance, à travers une histoire du quotidien d'un enfant de treize ans. Autour de personnages à la simplicité attachante — ses parents, son amoureuse, mast'Errico le menuisier, don Raffaniello le cordonnier —, il rythme un récit où s'immisce sa langue maternelle, le napolitain, pour conter, avec beaucoup de pudeur, la vie, la pauvreté, l'ammour, la mort. Et cette fable, sur les hauteurs de Montedidio des années 1950, révèle des rites initiatiques matérialisés par le boumeran.
Un livre prêté par Séverine… merci, Sév' !
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